jeudi 2 avril 2009
JUSTICE INIQUE
Tarek Aziz, 73 ans, a été condamné à 15 ans de prison pour son rôle présumé dans l’exécution, en 1992, de 42 commerçants qui spéculaient sur les prix des denrées alimentaires, pendant que la population mourait de faim. Watban et Sebawi, demi-frères de Saddam Hussein, ont été condamnés à mort. Tarek Aziz avait été, préalablement, mis hors de cause, le 2 mars, dans l’affaire dite de la prière du Vendredi où on l’accusait de la répression de militants chiites retranchés dans une mosquée, en 1999, après l’assassinat de l’ayatollah Muhammad Sadeq al-Sadr, père de Moqtada. D’autres procès l’attendent : celui dit de la répression des Kurdes feyli (chiites), en 1980… ou de l’obligation d’insérer un hommage au président Saddam Hussein dans la prêche chiite hebdomadaire. Les inculpations et les condamnations dépendent du bon vouloir du régime de Bagdad. Comme les autres accusés, Tarek Aziz n’a pas eu droit à ses avocats. Maître Badie Aref est réfugié en Jordanie, suite à des menaces de mort. Les autorités irakiennes, et les Américains, refusent toujours de délivrer un visa à Jacques Vergès pour se rendre à Bagdad. Ils tiennent apparemment à ce que l’ancien vice-Premier ministre irakien meure en prison.
Parallèlement et de façon surréaliste, le Premier ministre Nouri al-Maliki a invité toutes les composantes de la société irakienne à voguer à bord « du bateau de l’amour »… Il prône maintenant la réconciliation nationale et critique la répartition des postes en fonction d’appartenances ethnico-religieuses. Pour l’instant, les intellectuels ayant répondu à son appel, comme Abdel Amir Rikabi, vivant à Paris, ne représentent qu’eux-mêmes. La réponse du parti Baas clandestin, dirigé par Izzat Ibrahim, a été très claire. Il a condamné, le 10 mars, toutes réunions et accords avec « les collaborateurs, les espions et les traîtres ». Les sentences prononcées contre les anciens dirigeants baasistes ne sont pas de nature à encourager le dialogue. Les pendaisons de résistants non plus. Amnesty International a demandé au gouvernement irakien « de surseoir à l'exécution de 128 détenus en raison de doutes sur la légalité de leur procès ». (Gilles Munier, Afrique Asie – avril 09)
samedi 21 février 2009
Le fils de Tarek Aziz parle
http://www.horizons-et-debats.ch/index.php?id=1417
«Mon père doit enfin être reconnu comme prisonnier de guerre»
Le président des USA, Barack Obama est obligé de tenir ses promesses faites lors de son élection et de ne pas livrer Tariq Aziz au régime irakien
Un entretien avec Ziad Aziz, fils de l’ancien ministre des Affaires étrangères d’Irak
Le 15 février, l’ancien ministre des Affaires étrangères d’Irak, Tariq Aziz, doit être livré aux autorités irakiennes par les troupes américaines d’occupation en Irak, bien qu’il soit menacé d’être exécuté après un procès-spectacle illégal. Et c’est à peine si quelqu’un proteste en Occident.1 Alors que beaucoup de médias occidentaux dénaturent la vérité de façon pénétrante et que l’on ne parle plus que des «succès» de la politique des Etats-Unis en Irak, la réalité dans ce pays maltraité est tout à fait différente. Des violations de la loi et des violations graves des droits de l’homme sous les yeux des forces d’occupation – encouragées et commises par elles – sont à l’ordre du jour. Le cas de Tariq Aziz est exemplaire du destin de beaucoup d’autres.
Mais il est toujours possible d’y mettre fin et d’empêcher d’autres injustices sans fin. Un comportement digne de l’Etat de droit et respectant le droit international humanitaire, envers l’ancien ministre des Affaires étrangères et ses co-détenus, en représenterait un premier pas. C’est pour cette raison que le nouveau président des Etats-Unis, Barack Obama, est obligé de tenir ses promesses faites lors de son élection et de traiter tous les détenus dans des prisons des USA à l’extérieur des Etats-Unis d’après les principes de l’Etat de droit. L’entretien suivant avec le fils du prisonnier gravement malade le prouve de façon impressionnante.
• Horizons et débats: Comment se présente la situation actuelle de votre père? Quel est son état de santé?
Ziad Aziz : Il est maintenant en prison depuis six ans. Il y a passé les cinq premières années sans être officiellement mis en accusation. Depuis mai 2006 personne de notre famille n’a pu lui rendre visite. Et maintenant les autorités américaines essaient d’extrader mon père et ses co-détenus aux autorités irakiennes. Celles-ci les tueront, car tout le monde sait qui est actuellement au pouvoir en Irak. Vous me posez la question de son état de santé: Il n’y a aucun service de santé en prison, et mon père a beaucoup de problèmes de santé, dus à la guerre, mais nous ne savons pas du tout ce qui se passe actuellement avec lui. Parce que justement depuis presque trois ans personne de la famille n’a pu aller le voir.
• Qu’est-ce que vous attendez, lorsque le 15 février Tariq Aziz et ses co-détenus seront extradés aux autorités irakiennes?
Z. A - Tout le monde sait ce qui est arrivé au président Saddam Hussein lorsque les autorités irakiennes l’ont repris. Chacun ici sait avant tout, que le parti islamique Dawa, donc le parti du premier ministre Maliki a essayé de tuer mon père dans un attentat le 1 février 1980. Et maintenant M. Maliki est devenu premier ministre, il gouverne le pays et il est le juge. Il contrôle tous les tribunaux du pays.
• Comment la communauté internationale a-t-elle réagi jusqu’à présent?
Z.A - Pas du tout. Hans von Sponeck et quelques amis de mon père ont essayé de nous aider. Ils ont écrit quelques lettres. Maintenant nous avons écrit au nouveau gouvernement américain, à Barack Obama et autres, pour trouver du soutien pour mon père et les autres prisonniers. Le régime de Bagdad essaie d’inculper mon père de toutes sortes de cas qu’ils sont en train de passer en jugement devant la Cour suprême de l’Irak à Bagdad. Pour cette raison il doit maintenant s’attendre à trois inculpations dont deux sont tout à fait nouvelles. Pourtant, il n’y a aucune preuve, personne n’a jamais mentionné son nom dans les trois cas. C’est ça la situation actuelle.
• Est-ce que personne ne se soucie de son destin?
Z.A - Non. Dennis Halliday et Hans von Sponeck ont transmis des informations sur Tarek Aziz aux médias. Ils ont fait appel à James Baker, à l’ONU, aux USA ainsi qu’aux autorités irakiennes. C’est surtout avec l’aide de nos amis en Europe et en Amérique que nous avons essayé de voir clair sur ce qui est en train de se passer à Bagdad. Lorsque Obama a été élu président, il a promis de fermer toutes les prisons en dehors des Etats-Unis. Camp Cropper, où se trouve mon père, est soumis au gouvernement américain et se trouve en dehors des USA. Nos amis essaient de faire reconnaître mon père et les autres comme prisonniers de guerre, ce qui signifierait que personne n’est autorisé, surtout pas les autorités américaines, de les extrader au gouvernement irakien.
• Son cas a-t-il été mentionné par les médias du Proche Orient?
Z.A - Non. Déjà un an après la mort de Saddam Hussein, personne ne s’est plus soucié de ce qui se passe avec les prisonniers en Irak. Avant, les médias américains venaient dans les salles des tribunaux; chacun pouvait voir ce qui se passait dans les salles des tribunaux. Après avoir tué Saddam Hussein, les Américains ne mettent plus les pieds dans les salles des tribunaux.
• Que fait le CICR dans le cas de votre père?
Z.A - La Croix rouge ici en Jordanie a fait une bonne chose pour nous: A peu près tous les deux ou trois mois nous envoyons des choses à mon père. La Croix rouge a pris notre petit sac et cela a duré plus d’un mois pour apporter ce petit sac à mon père. C’est là une bonne chose que nous avons apprise par le CICR. Nous sommes en contact avec le CICR depuis 5 ans et demi et ils essaient toujours de transmettre à mon père les choses qu’ils reçoivent de notre famille.
• Vous avez écrit à Barack Obama et demandé un traitement humain pour votre père. Est-ce que vous avez reçu une réponse?
Z.A. Nous avons essayé de donner de l’importance au cas de mon père et des autres, car chacun connaît mon père surtout les gens en Europe et en Amérique. Ils connaissent mon père et ils connaissent son cas. Il a travaillé plus de 35 ans au gouvernement de l’Irak et il s’est occupé des domaines de l’information, de la culture et des affaires étrangères. Il n’a jamais eu affaire à aucun des domaines de la politique intérieure, de la sécurité, de l’armée ou des services secrets. Pour cette raison, nous essayons d’écrire ce genre de lettres au gouvernement américain pour trouver une solution dans le cas de mon père. Il mourra s’il reste prisonnier encore une autre année, car, comme je viens de le dire, son état de santé n’est pas bon. Il ne reçoit pas de soins médicaux des autorités américaines. Le livrer au gouvernement irakien signifie sa mort certaine. Ils essaient de trouver une possibilité de le tuer.
• D’après ce que nous savons, on ne peut pas compter sur une audience équitable et fidèle aux principes de l’Etat de droit. Qu’est-ce qu’on pourrait faire en ce moment pour votre père?
Z.A - Le gouvernement américain doit trouver une solution. Ce sont eux qui sont responsables, ce sont eux qui ont occupé l’Irak, mon père et les autres prisonniers sont des prisonniers de guerre. Il existe une convention de Genève selon laquelle les Américains ne peuvent pas les extrader à n’importe qui. Ils ne doivent pas les emprisonner plus d’un an. Ils détiennent mon père maintenant depuis plus de cinq ans sans inculpation. Maintenant c’est le gouvernement irakien qui l’inculpe, mais sans substance réelle …
• Le gouvernement américain doit donc trouver une solution…
Z.A - Oui, bien sûr, parce qu’il est responsable de tout ça. Chacun sait, ce que George Bush a fait en Irak. Maintenant il y a un nouveau gouvernement et Obama a promis qu’il en finira avec tout ça. Nous voudrions trouver une solution à la cause irakienne. Et d’abord nous devons destituer cette Cour de justice. D’abord et avant tout. Ensuite ils peuvent trouver une solution. Ils doivent trouver une voie pour résoudre ce problème.
jeudi 11 septembre 2008
Procès de Tarek Aziz
IL FAUT LIBÉRER TAREK AZIZ
et les prisonniers politiques irakiens
Introduction de Maître Jacques Vergès
Dossier (Septembre 2008)
Sommaire
- Lettre aux Parlementaires : « Le Président Nicolas Sarkozy doit demander aux Etats-Unis de libérer Tarek Aziz et les prisonnier politiques irakiens »
- Introduction de Maître Jacques Vergès : « Ils veulent réduire Tarek Aziz au silence… »
- Tarek Aziz menacé de mort
- Personnalités se proposant d’accompagner Maître Jacques Vergès à Bagdad
- « Le disparu », par Pierre Tarnac (pseudonyme d’un diplomate français) - L’Indépendance – novembre 2003
- Bagdad, le tribunal de la honte, par le Père Jean-Marie Benjamin
- « Tarek Aziz, l’homme qui en sait trop », par Gilles Munier (Afrique Asie– juin 2008)
- « Le noble et l’ignoble », par Abdel Bari-Atwan, directeur d'Al Quds al-Arabi (1er mai 2008)
- Appels pour la libération de Tarek Aziz (2003 et 2005) : liste des signataires
Documents :
Communiqués de presse
· Communiqués des Amitiés franco-irakiennes et de la Commission Liberté et Justice (CEACS)
Interviews de Tarek Aziz (Extraits)
· Le complot pour faire éclater les pays arabes existants, interview par Paul Balta (Le Monde -17/9/82)
· Aux origines de la guerre Iran-Irak, propos recueillis par Gilles Munier (Paris Bagdad Magazine – septembre 1987)
Dossier envoyé sur demande : libertarek@yahoo.fr
samedi 14 juin 2008
Conférence de presse de Jacques Vergès - 2/6/08
Jacques Vergès : « on veut empêcher Tarek Aziz de révéler les crimes de l’Occident »
Par Michel Despratx, Pat Ethic - http://www.bakchich.info/
« L’avocat de la terreur », Jacques Vergès, s’est trouvé un nouveau « salaud » à défendre, l’ancien ministre de Saddam Tarek Aziz. En allant plaider son cas à Bagdad, il espère retourner le procès fait à l’homme en procès contre l’Occident. Mais le gouvernement irakien voit venir l’animal ! Pour éviter le désastre d’un procès de rupture, il fait traîner le visa de Vergès pour l’Irak…
Il a défendu le tortionnaire Klaus Barbie, il rêvait du même rôle de méchant auprès du dictateur Saddam Hussein, qui n’a pourtant pas voulu de lui, et le voici aujourd’hui avocat officiel de l’homme qui dirigeait la diplomatie irakienne sous Saddam, le « huit de pique » du jeu de cartes du Pentagone, Tarek Aziz.
Mais cela ne va pas être facile. Le procès a démarré le 20 mai dernier et Jacques Vergès n’a pas encore réussi à plaider la cause de son illustre client ! Le visa qu’il attend pour se rendre au pays des mille et une nuits est curieusement bloqué par une longue attente, laissant l’ancien dignitaire baasiste seul face au juge, qui l’accuse d’avoir participé, en 1992, à la décision d’exécuter 42 commerçants qui spéculaient sur le prix des aliments. Sans visa délivré à Vergès pour Bagdad, le "huit de pique" risque de devoir se passer de son joker. Et il encourt la pendaison.
Selon Vergès, qui ce 3 juin a tenu une conférence de presse à Paris pour demander un peu de soutien à la diplomatie française, Bagdad et Washington feront tout pour l’empêcher d’aller défendre son client. On les comprend : les deux alliés n’ont aucun intérêt à organiser un procès équitable, où l’accusé Tarek Aziz pourrait, épaulé par l’éloquence de son avocat, renverser toute l’accusation. C’est le coup préféré de « l’avocat de la terreur » : le sort de l’accusé est joué d’avance, l’homme s’en va droit vers la potence, la seule issue qu’il reste est d’occuper tout l’espace au procès pour en instruire un autre : celui de ses accusateurs.
Les secrets de Chirac et de Bush
Et sur ses accusateurs, Tarek Aziz aurait long à dire ! Quand Saddam achetait de l’anthrax, du gaz sarin ou des composants nucléaires à la France, à l’Allemagne ou aux Etats-Unis, Tarek Aziz dialoguait très amicalement avec un Français qui se nomme Jacques Chirac ou avec un certain Donald Rumsfeld, deux grands anciens soutiens de Saddam sur lesquels il pourrait aujourd’hui révéler quelques méchants secrets qui ne sont pas encore connus. Les mots qu’ils lui ont dit, les promesses qu’ils ont faites dans la discrète intimité d’une rencontre à huis-clos, par exemple.
Si le procès avait porté sur les crimes du régime baasiste contre les Kurdes, Tarek Aziz aurait pu, peut-être, rappeler comment en 1963, l’attaché militaire américain à Bagdad avait offert aux dirigeants baasistes de l’époque mille bombes au napalm pour incendier les villages kurdes en rébellion dans le nord du pays. Et tout cela gratis, pour aider un régime sur lequel le président Johnson comptait dans sa guerre froide contre le communisme.
On imagine alors Vergès, dans sa robe d’avocat, rebondissant sur l’anecdote pour balancer que cette même année 1963, quand les baasistes prennent le pouvoir par la force et se mettent à torturer et à tuer des communistes par milliers, les Américains sont aussi très actifs. Eh oui, de vieux organisateurs du coup d’Etat et d’anciens diplomates yankees ont parlé aux historiens : la CIA a joué un rôle actif dans la tuerie en fournissant aux baasistes des listes de communistes… Mais ça, aucun risque que Tarek Aziz en parle sans cette grande gueule de Vergès.
Juger une affaire irako-irakienne
- Que pourraient révéler encore ces cochons de Vergès et Aziz s’ils disposaient de la tribune d’un procès équitable ? Tiens : le vrai contenu des discussions de Tarek et Saddam avec l’ambassadrice américaine April Glaspie, huit jours avant l’invasion du Koweït. Les ventes secrètes de bombes à fragmentation à l’Irak par la CIA… La liste des people du monde économique ou politique, en bonne partie français, qui ont bénéficié de la générosité de Tarek et Saddam à l’époque de l’embargo (1991-2003) durant lequel périrent des centaines de milliers d’Irakiens, sous forme de bons de pétrole très rémunérateurs… Derrière Charles Pasqua, y en avait-il d’autres ?
Et pour finir, Tarek connaîtrait-il le secret de l’incroyable amitié puis du soudain désamour Saddam-Chirac, sur lequel un ancien collaborateur direct de Saddam nous a raconté, en mai 2005, que le dictateur se demandait à chaque élection présidentielle française quel candidat il allait bien pouvoir financer ?
Bref, le Tarek Aziz aurait de quoi donner des sueurs froides à un mezze de dirigeants occidentaux ! Mais ses sales souvenirs resteront dans les cartons des historiens. Pour empêcher le vieil homme de dévoiler les secrets des crimes de Saddam dont l’Occident a été co-responsable, les organisateurs irakiens et américains du procès ont joué un joli tour. Ils ont simplement fait porter l’accusation sur une affaire cent pour cent irakienne, la pendaison de 42 personnes pour crime de droit commun. Et pour bien contrôler les débats, ils font mariner Vergès aux portes de Roissy, sans visa. Le procès de rupture est mal barré. Il risque de se jouer dans le velours des salons parisiens.
Vidéo: Jacques Vergès
http://beta.dailymotion.com/video/x5o5y1_verges-retourne-contre-loccident-le_news
samedi 7 juin 2008
L'homme qui en sait trop
Tarek Aziz, l’homme qui en sait trop
par Gilles Munier (Afrique Asie – juin 2008)
Un nationaliste arabe de la génération 58 Tarek Aziz - huit de pique du jeu de cartes du Pentagone - est la personnalité irakienne la plus connue, avec Saddam Hussein. Il est né en 1936 à Tel Keyf, près de Mossoul, dans une famille chrétienne chaldéenne. Peu pratiquant, il se considère comme Arabe avant tout, son prénom ayant été choisi en mémoire de Tariq Ibn Ziad, conquérant de l’Andalousie au 8ème siècle.
Lecteur dans sa jeunesse d’Hegel, de Marx et de Nietzsche, féru d’histoire arabe, il a adhéré tôt au parti Baas. Fidèle au courant originel dirigé par Michel Aflak, il a été emprisonné un an en Syrie, en 1966, ap rès le coup d’Etat d’Hafez al-Assad.
Après la Révolution baasiste en Irak de 1968, il a été directeur d’Al-Thawra - quotidien du parti - ministre de l’Information et de la Culture, des Affaires étrangères, et vice-Premier ministre à deux reprises. Il est membre du Commandement régional (irakien) du parti depuis 1974, et du Conseil de Commandement de la Révolution depuis 1977.
Le 1er avril 1980, il a été blessé lors d’un attentat faisant plusieurs morts à l’Université Moustansirya de Bagdad. Les terroristes d’Al-Dawa, basé à Téhéran, voyait déjà en lui un des ses principaux ennemis. Tarek Aziz est un des plus grands diplomates arabes contemporains. Il a été de tous les combats : pour la libération de la Palestine, contre l’apartheid et l’impérialisme américain dans le Tiers monde. Les Anglo-saxons lui reprochent d’être un des artisans de la « politique française de l’Irak ». Il a présidé la Conférence de Bagdad qui réunissait tous les 6 mois plusieurs centaines de partis et d’organisations luttant pour la levée de l’embargo.
Les Américains ne veulent pas que Tarek Aziz parle des relations irako-américaines sous Reagan et au début du mandat de Bush père. Les Iraniens et leurs alliés miliciens se vengent d’un baasiste emblématique et d’un chrétien indocile
Le 29 avril dernier, dans le box du Haut tribunal pénal de la Zone verte, le vice-Premier ministre irakien Tarek Aziz est apparu fatigué, malade, amaigri par 5 ans d’incarcération au Camp Cropper, près de l’aéroport de Bagdad . Le juge kurde Raouf Abdel Rahmane, connu pour avoir condamné à mort Saddam Hussein, l’accuse d’avoir participé, en 1992, à la décision d’exécuter 42 grossistes qui spéculaient sur le prix des denrées alimentaires. Ceux qui sont allé à Bagdad cette année là savent dans quelle situation dramatique se débattaient les Irakiens. En raison de l’embargo, le dollar dépassait les 3000 dinars, alors qu’en 1990 il en fallait trois pour avoir un dinar. Les denrées alimentaires et les médicaments manquaient ou étaient hors de prix.
Cela dit - et quelle que soit l’opinion portée sur la rigueur de la justice irakienne en temps de guerre - il faut préciser que Tarek Aziz ne s’occupait ni des questions de sécurité, ni du commerce. De plus, il n’a pas participé - selon son fils Ziad, réfugié en Jordanie - à la réunion du Conseil de Commandement de la Révolution – organe suprême du pays, dont il était membre - qui a étudié le dossier des grossistes. Le vice-Premier ministre avait en charge les relations internationales et la levée du blocus. Les accusations portées aujourd’hui contre lui ne sont pas crédibles. Personne n’a d’ailleurs jamais déposé de plainte contre lui. Tarek Aziz, dit-on en Irak, « n’a pas de sang sur les mains ».
Incarcéré dans la « cellule des chiens »
Depuis sa reddition, en avril 2003, son dossier en justice était vide. Il n’était accusé de crime, périodiquement, que lorsqu’il était question de le libérer pour raisons de santé. Le régime de Bagdad, s’y refusant obstinément, l’a ainsi accusé d’avoir participé à la condamnation à mort, en avril 1980, de l’Ayatollah Muhammad Baqer al-Sadr, fondateur d’Al-Dawa, puis à la répression de complots internes au parti Baas dans les années 70 et 80, et enfin à celle du soulèvement sudiste de 1991, après la première guerre du Golfe.
Les Américains, véritables organisateurs des procès de Bagdad, ne lui pardonnent pas d’avoir refusé de témoigner contre Saddam Hussein - y compris en échange de sa libération - et son intervention en faveur du Président irakien et des autres accusés au procès.
Washington craint aussi les révélations qu’il pourrait faire sur les dessous de la politique moyen-orientale américaine du temps de Reagan et au début du mandat de Bush père. Il peut évoquer le scandale étouffé de la BCCI, ou l’Iraqgate avec le détournement de subventions agricoles pour vendre des produits chimiques à double emploi, ou encore le versement de commissions aux partis Républicain et Démocrate lors d’achats massifs de blé ! Les Iraniens et Al-Dawa se vengent d’un baasiste emblématique et d’un chrétien indocile. Abdul-Aziz Al-Hakim, chef du Conseil suprême de la révolution islamique en Irak, a déclaré que la présence de chiites parmi les commerçants exécutés aggravait son cas.
Au Camp Cropper, au début de sa détention, Tarek Aziz était enfermé dans une pièce d’un mètre sur deux, appelée « « cellule des chiens », réservée jadis à ceux des services de sécurité de l’aéroport. Malgré ses problèmes cardiaques – il a été hospitalisé d’urgence deux fois - malgré les interrogatoires ponctués d’insultes et de menaces, il n’a pas craqué. En 2005, trompant l’attention de ses gardiens, il a griffonné un appel sur le carnet de Badie Aref, son avocat irakien. Il demandait à l’opinion publique internationale un « traitement équitable, un procès équitable précédé d’un enquête équitable ». Depuis, son avocat a été menacé de mort et s’est réfugié à Amman. Les Américains l’ont informé qu’ils n’assuraient plus sa sécurité et un juge a lancé un mandat d’arrêt contre lui, sous prétexte qu’il ne partage pas son avis sur le soulèvement sudiste de 1991.
« Que sont mes amis devenus ? »
L’annonce du procès de Tarek Aziz n’a pas encore soulevé de protestations d’importance au niveau mondial, ni ému, semble-t-il, les personnalités qui faisaient des pieds et des mains pour entrer dans son bureau à Bagdad ou pour le rencontrer lors de ses déplacements à l’étranger. A Paris, sa suite à l’hôtel Meurice ne désemplissait pas de solliciteurs, toutes tendances confondues.
Nicolas Sarkozy, interrogé en janvier 1995 sur la visite à Paris de Tarek Aziz – c'est-à-dire après les faits qui lui sont aujourd’hui reprochés – avait déclaré que la France avait le droit « de recevoir qui elle veut, quant elle veut ». Lionel Jospin, Alain Juppé, Charles Pasqua, l’avaient reçu. Il s’était même entretenu discrètement avec le Président Chirac. Que sont tous ses amis devenus ?
L’appel lancé en mai 2003 pour la libération de Tarek Aziz par les Amitiés franco-irakiennes, relancé en 2005 par le parlementaire britannique George Galloway a certes réuni plus de 250 signatures - notamment celles de Jean-Pierre Chevènement et du Président Ahmed Ben Bella – mais il est demeuré sans effet. Un Comité de défense de Tarek Aziz et des prisonniers politiques irakiens a été créé fin avril dernier, sans trop d’illusions sur l’attitude que vont adopter ses « amis » politiques français. Certains - comme Roselyne Bachelot qui présidait le Groupe d’Etudes France-Irak à l’Assemblée nationale - sont aujourd’hui au pouvoir… et bien silencieux.
La France se tait
La défense de Tarek Aziz, au niveau international, est assurée par Jacques Vergès. L’avocat a demandé un visa pour s’entretenir avec son client. Il veut faire le procès de l’invasion et de ses crimes. Il mettra en cause la légalité du Haut tribunal spécial, notamment au regard des conventions internationales sur le traitement des prisonniers de guerre. On comprend pourquoi les autorités de la Zone verte – comme on dit à Bagdad – font la sourde oreille à sa demande.
Quelle que soit la réponse américaine, se pose déjà des problèmes de sécurité. Au procès de Saddam, des avocats ont été menacés. L’un d’eux a été assassiné. Des témoins de la défense, effrayés, ont refusé de comparaître. La France qui a voté, le 16 octobre 2003, la résolution 1511 du Conseil de sécurité avalisant l’occupation de l’Irak, a plus qu’un mot à dire sur ce qui s’y passe depuis. Elle doit veiller, entre autre, au bon déroulement du procès de Tarek Aziz. Le silence du Quai d’Orsay, en la circonstance, signifierait complicité.
jeudi 22 mai 2008
Communiqué (22/5/08)
Commission Liberté et Justice
C.E.A.C.S.
Communiqué
LES AMERICAINS VIOLENT IMPUNEMENT
LES CONVENTIONS DE GENEVE
La guerre d’Irak restera dans les mémoires non seulement comme le massacre d’un peuple et d’une culture, mais également comme le viol par la première puissance mondiale de la Charte des Nations unies et des Conventions de Genève.
Les prisonniers de guerre irakiens - soit officiellement plus d’une vingtaine de mille, parmi lesquels des femmes et de nombreux enfants – devraient âtre livrés, en juin prochain, par les troupes d’occupation aux autorités pro-iraniennes que les Etats-Unis ont porté au pouvoir.
Ce chiffre pourtant énorme ne comprend pas les prisonniers internés dans des prisons secrètes dont le sort est pire que tout ce qui peut être imaginé.
La vie d'un grand nombre de ces prisonniers de guerre est en danger, notamment celle des dirigeants irakiens qui ont été torturés dans les prisons américaines et qui risquent maintenant de subir, aux mains des milices pro-iraniennes au pouvoir en Irak, les pires tortures avant d'être assassinés.
Le transfert des prisonniers est contraire à l’esprit et à la lettre des Conventions de Genève de 1949 relatives au traitement des prisonniers de guerre.
Les Etats-Unis qui veulent se décharger de la garde des prisonniers de guerre irakiens devraient les libérer, ou les remettre à une puissance neutre.
Le procès de Tarek Aziz et de 7 dirigeants irakiens - tous prisonniers de guerre - par la soi disant justice irakienne est illégal au regard du droit international.
La décision de remettre les prisonniers de guerre irakiens aux milices pro-iraniennes qui se partagent le pouvoir à Bagdad est non seulement illégale mais criminelle et honteuse, car c’est les livrer - en toute connaissance de cause - à la torture et au bourreau.
Paris, le 22 mai 2008
mercredi 21 mai 2008
Procès - suite (revue de presse)
Audition des premiers témoins au procès de Tarek Aziz
(L’Orient – Le Jour, 22/5/08 - extrait)
( …) le procès de l’ancien ministre irakien des Affaires étrangères, Tarek Aziz, jugé pour « crimes contre l’humanité », s’est poursuivi hier devant le Haut Tribunal pénal à Bagdad. L’homme qui fut le visage et l’avocat de l’Irak à l’étranger sous Saddam Hussein comparaît en compagnie de sept anciens responsables, dont Ali Hassan al-Majid, dit « Ali le Chimique », et l’ancien ministre de l’Intérieur Watban al-Hassan. Ils sont jugés pour l’exécution en 1992 de 42 commerçants accusés d’avoir spéculé sur les prix des produits alimentaires, alors que l’Irak était soumis à des sanctions de l’ONU. Tous risquent la pendaison.
Comme lors de l’audience de la veille, aucun avocat n’était présent pour défendre M. Aziz. Au début de l’audience, celui-ci a demandé au président du tribunal, le juge Raouf Rachid Abdel Rahmane, d’intervenir auprès du gouvernement irakien pour permettre à son avocat, l’Irakien Badie Izzat Aref, de venir plaider à Bagdad. Me Aref, qui réside en Jordanie, affirme craindre pour sa sécurité et ferait l’objet d’un mandat d’arrêt émis par les autorités irakiennes, a assuré hier Tarek Aziz. D’autres avocats, dont le Français Jacques Vergès, n’ont pas pu obtenir de visa.
La cour a ensuite entendu un premier témoin, dont le frère faisait partie des 42 commerçants exécutés en 1992. « J’ai appris que mon frère avait été exécuté avec d’autres commerçants sur ordre du ministre de l’Intérieur de l’époque, Watban Ibrahim al-Hassan », a-t-il déclaré. Deux autres plaignantes ont également témoigné sans s’identifier. La première a affirmé que son mari avait été embarqué par les forces de sécurité dans son échoppe et exécuté, mais elle n’a accusé aucun des prévenus. La seconde a raconté que son mari était employé chez un commerçant et a accusé l’ancien ministre de l’Intérieur d’être responsable de son exécution. Les trois témoins ont fait leur déclaration derrière un rideau. Après leur audition, la cour a ajourné l’audience à aujourd’hui.
